J’aimerais dire que je vous livre le contre-compte-rendu de celui d’Ovale Masqué et tout ce qui n’a pas encore été dit dans les twiiites des bouchers, mais le premier était déjà à la pêche aux bulots et les autres ne se sont réveillés que pour l’affiche Jordanie – Argentine. Ils n’ont donc encore rien dit sur le sujet. Ce sera ainsi le seul retour écrit à peu près complet et objectif de la finale du championnat de France de rugby. Finale qui opposait l’ASM à l’UBB. Impossible victoire pour deux clubs habitués aux défaites en finale. Sauf que là, il s’agit des filles. Les Romagnatoises ont roulé sur le championnat en gagnant 16 matchs sur 18 pour 1 nul et une défaite, 14 points de bonus en prime. Les Bordelaises cumulent déjà 3 boucliers sur les 3 dernières saisons. Alors, au moment du coup d’envoi, je veux croire que les 2 équipes ont une chance, surtout celle du Puy de Dôme.
C’est l’affluence des grands soirs du rugby féminin, à Aguilera, la tribune Blanco sera pleine et la tribune Kampf le sera à moitié. 200 supportrices et quelques supporters de l’ASM sont venus pour un match le dimanche soir. 5h45 de route aller. Pareil retour. Et la Puydômoise ne rate jamais d’aller au travail le lundi matin. Ce sera donc match à domicile pour les lionnes du Stade Bordelais.

17h, 1 heure avant le match, tout le monde est encore à la buvette. Planquée en tribune, je profite de cette excitation subtile que de voir les filles se mettre en place des 2 côtés. Un truc commence à me chatouiller, dans le coin de l’œil, mais je ne sais pas encore quoi. Planquée au milieu de personne, je ne risque pas de me faire remarquer. Même les arbitres finissent par venir s’échauffer. Et ils ont préparé leur finale eux-aussi, ils sont devenus imbattables en constitution féminine (teaser) !
Puis vient l’heure. Celle où les tambours se lâchent. Celle où je me lâche. Egalement. Les yeux grands ouverts, fillette revenue au spectacle de Noël, je ne veux rien rater du jeu. Et Carla Arbez le donne enfin, le coup d’envoi. Pendant 25 minutes, ça tape dans tous les sens. Malgré une première infériorité numérique, à 14, les filles en jaune repoussent les assauts répétés des filles en bordeaux et elles vont même porter le danger près des lignes adverses. Après un premier essai refusé pour un ballon lâché dans l’en-but, les Bordelaises marquent par Berthoumieu, sans avoir mordu personne. Transformation ratée. Les Romagnatoises marquent 3 points dans la foulée. L’attaque des lionnes a des ratés, malmenée par une défense féroce de Lazarko et consœurs, ne savant plus comment attaquer, c’est en contre qu’elles prirent l’ascendant juste avant la pause. Alors que l’ASM dominait dans le camp du Stade Bordelais, Brosseau se fait arracher le ballon ou un contre sur un coup de pied inutile, pas le temps pour prendre des notes, et les jambes de lionnes partent à l’autre bout du terrain, stoppées à gauche, elles repartent pour marquer à droite par Bourgeois, logique. Nouveau carton jaune à la clé pour Grando. Spéciale ASM chez les garçons, les filles n’étaient pas sensées les imiter, d’une domination pour balle de marque et un avantage psychologique avant la mi-temps, se retrouver avec 7 points dans la valise et un banc des péchés pour 10 minutes.

Le retour des vestiaires reste compliqué pour les visiteuses. Elles subissent et se font pénaliser. 3 points de plus au compteur. Et, à force d’invoquer l’esprit d’Arumburu, dans son antre, le monstre jaune se dégrippe et reprend l’ascendant. Brosseau trouve enfin de l’allant en passant à la droite de la mêlée et amène finalement ce qu’elle devait apporter à l’équipe, de la fraîcheur et de la fougue. Et Fernandez inscrit 5, puis 2 points de plus pour porter son total à 10.

10 à 15, les locales commencent à subir. Jusqu’à réussir un plaquage à 2 têtes sur celle de Perraudin. Les révisions sur l’anatomie féminine du corps arbitral trouvent alors leur mise à l’honneur en donnant un carton jaune pour contact à la tête avec haut degré de dangerosité. Pour le premier garçon venu, le rouge et l’ambulance aurait été appelés. La force des filles ! Girl Power ! Après avoir perdu Lazarko sauvé par un carton bleu, les filles de l’ASM perdent une deuxième pièce maîtresse, Perraudin sort sur commotion. Un frisson secoue pourtant tout Biarritz, les lionnes sont en train de perdre le match. Mais, d’une percée de Captain Gabriagues, relayée par Pignot, puis par personne. Mais, de lancers en touche digne d’une très grande pizzaiola. Mais, d’une pénaltouche en ballon mort. Le frisson passe, le frisson s’en va. Bordeaux marque même un nouvel essai. L’ASM se tu et l’arbitre peut siffler pour le back4back (Patricia Kaas inside) des Lionnes du Stade Bordelais. Madoussou Fall Raclot reçoit son bouquet, malgré ses ballons échappés et pour avoir joué aux quilles une bonne partie du match, ce qu’elle fait habituellement, sauf contre les Anglaises. Le reste de l’équipe locale recevant son bouclier. L’équipe visiteuse pleurant sa mère, malgré bonne figure faite devant les instances au moment de la médaille des vaincues. Et pour clore, la photo des personnes de la fédé, Florian Grill au centre, hilare de cette belle soirée. Calice jusqu’à la lie.

Je reste plantée encore quelques instants dans la tribune, quand tout le monde se barre à la buvette, espérant un tour d’honneur qui ne viendra pas. Les Puydômoises montant dans l’autre tribune pour chercher le réconfort dans les bras des leurs. Je baguenaude encore un peu entre les rangées, la pluie mouillant à peine, sans nettoyer ce qui me gratte encore au coin des yeux. Je trouve une plume, ni blanche, ni noire. Qui a donc perdu des plumes ? (toi qui lis, sens-tu la capilotraction ?) Je m’assieds. Je croise les jambes. Et j’observe cette plume. Où vais-je bien pouvoir la mettre ? Je sais déjà à qui. Et je réalise ce qui me gratte au coin des yeux. Depuis la mise en place. Depuis toute la semaine caniculaire qui se rafraîchit à peine. Depuis le début ! J’ai assisté à un match opposant une équipe professionnelle et une équipe amatrice !

Je verrai plus tard la belle déclaration® de Mouna Touré. Je découvrirai ce brassard que je n’ai pas vu des tribunes. AMATRICE. De celles qui ont travaillées toute la semaine. Par 40 degrés à l’ombre. Sans clim pour dormir. Partant à l’entraînement avant le boulot, entre midi et 2, après le boulot, mangeant ce qui peut l’être pour ne pas perdre trop de temps, travaillant d’arrache-pied pour ce métier bénévole, pour se donner l’espoir de croire à la victoire. Victoire contre une équipe déjà professionnelle dans son fonctionnement. Même si le site officiel de la fédé montre 12 professionnelles à Bordeaux, c’est toute la structure qui fonctionne comme une professionnelle. La structure de l’ASM Rugby Féminin reste, elle, profondément amatrice, sans même les moyens de financer des nuits à l’hôtel avec la clim pour que les filles soient au sommet de leur forme.
Elles ont tout donné. Sans aucune retenue. Telle une poignée d’indiennes d’Amérique du Nord sur leur bête cheval avec leur bête lance, criant et haranguant une armée de tunique bleu, Gatling en position de tir. C’est beau comme du Byron. La mort à la fin. Paradoxalement, chez les Bordelaises, ce sont 2 amatrices qui se sont mis le plus en évidence, après She Hulk Fall Raclot. La pilier gauche, Maylis Mailagi, pleine de gaz©, double compétence XIII – XV qui fit très mal à la défense auvergnate. Et la talon remplaçante, boule de destruction massive, récompensée d’un essai, Oihana Tome Belmonte, placé très haut dans les plus beaux noms du rugby.
Au moment de partir reprendre le volant de ma lotus et rentrer lézarder du côté de Clermont, je lève la tête pour regarder si la pluie viendra vraiment. Et je la voie… Et je le voie… Je ne sais pas comment il faut dire. Il paraît qu’ils n’ont pas de sexe. Pourtant je LA voie. Elle est là. Assise sur le rebord du toit de la tribune Serge Kampf. Battant ses pieds dans le vide. L’ange de la mort. Elle rôde. Elle se pourlèche de voir un club professionnel, unique dans le championnat, attirer à lui encore plus de joueuses sous contrat avec la fédé. Elle ricane de se dire que ce club n’a besoin de jouer qu’une demi-saison pour gagner le bouclier. Quand les autres s’épuisent et se dégoutent petit à petit. Elle siffle de contentement de voir d’où elle est le niveau baisser d’année en année, pour finir au niveau de supplétifs pour permettre au rugby féminin anglais de continuer à nous marcher dessus pour nous enfoncer dans la tombe que nous creusons, où cette ange de malheur viendra planter sa plume. Elle est prise de hoquets, se pliant en deux de l’accord de ces mêmes joueuses anglaises avec leur fédération, 25% d’augmentation et une prime de 100 000 Livres Sterling en cas de victoire à la prochaine coupe du monde, quand elle se rappelle que les joueuses professionnelles françaises touchent entre 1 500 et 4 000 Euros elle manque de tomber du toit, sans Peter-Stephie.

Je n’ai pas les super-pouvoirs d’Ovale. Je n’arrive pas à sauter pour la rejoindre et la plumer jusqu’à en faire une jolie caille que je me plairais peut-être à fourrer de tout plein de jouets colorés, si elle y consent, pas comme dans certains hôtels bordelais et certainement comme toujours dans les hôtels de Mendoza. Je peux au moins lui faire un doigt d’honneur et faire raisonner dans ma tête un air des Lambrini Girls. Je suis cunty. Les filles du rugby sont cunty. Faire ce qu’il y a de mieux pour nous est cunty (© Cuntology 101, Lambrini Girls). Et nous allons lui briser son rêve à cette poule ailée, pour que toutes deviennent professionnelles et que toutes puissent défendre leur espoir de bouclier à armes égales. Un seul mot d’ordre pour la prochaine saison, faire transpirer à grosse canicule les messieurs de la fédé pour obtenir enfin un statut complet de joueuses professionnelles pour toutes dans tous les clubs de l’Elite 1 Axa ! Le tout sauf Laporte ne constitue pas un programme, même si c’est utile. Une vision et des actions idoines, c’est mieux. Clouer le bec à cette ange idiote et rétablir les chances de chaque club à prétendre au bouclier de Laure-Désirée, femme de Brennus, bien nommée pour un trophée. C’est non négociable. TOUTES PROFESSIONNELLES !

La compo des amatrices.

La compo des presque professionnelles.



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