Oui lecteur ami, oui lecteur hater, tu as bien lu. Aussi difficile à croire qu’un en avant de LBB sifflé dans l’en-but. Aussi impossible à comprendre qu’un dicton de Fab Gal. Aussi incroyable qu’une répétition de matchs moyens du GOAT sur terre. Mais oui, ma décision est prise, comme ma grande sœur Ovidie, j’arrête les garçons. Parce ce qu’il faut bien le reconnaître, la chair est devenue triste, hélas. Autant industriel qu’aseptisé, le jeu des garçons est devenu aussi intéressant qu’une partie de golf d’un petit Trumpinou. Et même dit comme ça, ce serait presque choupinou à regarder. Mais non, je me fais chier à mater les matchs d’une équipe playstation contre une équipe de noobs. Un peu comme si Elon Musk menait un OPA contre le livret A d’Oval. Tout est trop calibré pour moi, trop lisse. Peut-être rêve-je encore du prince charmant… cet Afrique du Sud – Nouvelle Zélande 2013… où Bismark du Plessis tentait le coup de la corde à linge sur Dan Carter… Ou un Angleterre – Pays de Galle où les joueurs étaient après 20 minutes à peine dans le même état qu’un Yusuke Chiba en plein concert de TMGE. Mais aujourd’hui, hélas, la chair est triste.

Les garçons avant, quand je jouais avec eux.
J’ai bien essayé de laisser la cougar en moi s’exprimer. Mater les coupes du monde U20. Même le six nations U20. Retrouver le plaisir coupable de ces luttes pleines d’envie, acharnées au point d’être maladroites, maladroitement sublimes. Mais lutte intense. Avec des héros simples qu’on veut aimer. Avec des adversaires terribles qu’on veut adorer. Mais, trois fois hélas, ces mêmes jeunes deviennent grands et ressemblent à leurs ainés. Parfois même en pire. Et ce n’est pas une chistera de 20 m à l’aveugle qui m’humidifiera la truffe.
Et il y a les filles ! Heureusement ! Grandes et moins grandes, elles restent égales. Avec ce feu qui reste intact. Ce truc qu’il y avait dans le rougby. Ce truc qu’il y avait au-delà de l’accent du Sud-Ouest. Un truc qui s’appelait le romantisme, je crois. Un truc à peu près fracassé un soir de juin 2016 dans un stade de Catalogne. Quand la preuve a été apportée que l’argent suffit pour gagner un championnat. Un truc qui a tenté de se remettre, avant de disparaître totalement. Peut-être que c’était le romantisme… c’était peut-être ça… je crois… mais ma mémoire me fait défaut, cela fait tellement longtemps. Mon couplet du c’était mieux avant. C’est surtout mieux maintenant avec les filles.
Elles ont réveillé cette mémoire. Elles ont réveillé ce désir que je pouvais couver des heures avant de voir un terrain de rugby. Désir gardé longtemps avant l’explosion orgasmique de voir ce ballon se balader, voler, s’égarer, se reprendre, tomber encore, et encore, être enterré et repartir toujours vers celles qui viennent derrière, avant de revenir encore plus fort pour balayer l’adversité et finir au bout du monde, aplati en majesté.
Le plaisir s’est ravivé. Et avec lui, une sourde colère. Terrible colère. Colère qui me fait dire que j’arrête les garçons. Parce que dis-toi bien, ami lecteur, ami hater, que la fille que tu croises le lundi matin au bureau avec un œil au beurre noir et le sourire jusqu’aux oreilles, dis-toi bien que cette fille-là n’est pas une adepte du BDSM. Dis-toi qu’il n’est pas nécessaire d’appeler pour elle le 3919 pour dénoncer des violences conjugales. Non, cette fille est rugbywoman. Elle a joué dans le championnat élite 1 Axa. Et elle vient au bureau le lundi matin. Après être rentrée en car à 2h du mat’ du match de la veille. Et dis-toi qu’elle va courir de nouveau à l’entrainement entre midi et deux. Finir sa journée à défendre ses dossiers devant des comités qui n’ont rien à envier à Théodule. Pour repartir s’entrainer une fois son projet validé. Quand ses collègues vont fêter ça au bar, elle court de nouveau à l’entrainement pour une séance vidéo du dernier match, avant de rentrer se faire à manger et un bout de ménage. Et elle enchaîne le lendemain, et toute la semaine pour pouvoir s’éclater de nouveau sur le terrain. Vert et bordé de ces perches étranges. Elle est au bureau, mais elle est également à l’hôpital, assistant une opération à cœur ouvert pour son internat. Elle est également à répondre au téléphone, à fatiguer les bancs de l’université, à faire des ménages, à chercher un boulot. Elle est partout où tu peux la croiser. Partout, sauf à se gratter négligemment l’entrejambe en chaussettes-claquettes, avachie sur un fauteuil à trouver que la séance de muscu était trop bien ce matin.
Non, tu l’as compris lecteur, elle n’est pas professionnelle. Ou plutôt, elle cumule les professions. Pendant que les garçons de taupe 14 et ceux de prodédeu trouvent qu’ils travaillent trop sur une saison. Elles, ouvrières du championnat élite 1 Axa, enchaînent toute l’année sans interruption. A part les 5 semaines de congés réglementaires. Championnat qu’il faut, dans le journal de référence, aller chercher après celui de nationale des garçons pour trouver des résultats approximatifs, avant correction dans les jours qui suivent. Rubrique absente du site vert. Oui lecteur hater, j’arrête les garçons parce que leur chair est devenue triste et parce que celle des filles est belle et ne demande qu’à s’épanouir encore plus, qu’à sortir des arrière-cours où elle est encore cantonnée, malgré les campagnes lyriques du sponsor officielle du championnat élite 1 Axa.

Sauras-tu trouver le nom du sponsor du championnat élite 1 Axa ? Comme indice, je peux te dire qu’il ne s’agit pas de « championnat ».
Oui hater, tu peux crier que je suis maudite d’une crise de wokisme. Que les filles au rugby n’intéressent personnes. Qu’il leur faudrait plus de promo pour attirer les sponsors. Qu’elles devraient s’inspirer du beach volet féminin ou de la lingerie football league, ou… des combats dans la boue. Je t’entends hater. Je t’entends. Et je sais où une certaine barre à mine est rangée chez Oval et qu’elle pourrait reprendre son rôle exploratoire d’orifices. Alors, oui rageux, tu as raison ! Il faudra s’inspirer d’un certain Max et ses dieux du stade, bien huilés et épilés de frais. Mais pour que tu puisses encore un peu plus rager, ne compte pas sur elles pour se faire appeler les déesses du stade, et ce serait plutôt à Barbara Butch de mettre en image cet album de ces joueuses de rugby. Loin du porno chic qui a fait la réputation des garçons, encore trop garçons pour imaginer autre chose. Un album mettant fièrement en avant la beauté des corps, sans huile brillante ni pause lassive. Elles, elles n’en ont pas besoin.
Enfin, il me faut tacler Oval, parce qu’il le vaut bien. Il a fait le compte rendu du dernier France – Angleterre. Comme un dernier geste avant d’arrêter définitivement. Match que les Anglaises ont gagné. Encore. Pas celui où les Français ont su gagner grâce à un joueur géorgien venu en renfort avec l’assentiment de World Rugby. Huit grands chelems d’affilés. Commentaires presque extatiques dans le poste de la télé française. Sans en rajouter chez Oval. Commentaire qui mérite un peu plus qu’une simple ligne. Huit ans que des joueuses professionnelles dans un championnat intégralement professionnel depuis 10 ans marchent sur la planète rugby. Comme si ce détail était anodin. Si en France, les joueuses du XV de France sont professionnalisées par la fédération, soit 41 joueuses d’après la page de la fédé. Contre environs 400-500 joueuses professionnelles en Angleterre. Ah ! la perfidie n’est pas là où l’on croit ! Joueuse du XV de France qui perd son statut pro dès qu’elle sort du groupe, pour changement de plan du sélectionneur ou pour faire un enfant… 41 joueuses réparties inéquitablement dans les 10 clubs du championnat élite 1 Axa. Avec une concentration dans 1 club. Qui mécaniquement continuera à attirer à lui les autres contrats pros. Sinon, comment gérer ton agenda de pro à 4 dans un club où tu dois attendre que les autres filles sortent du taf pour t’entrainer sérieusement. C’est quand même plus facile à 14. Même si c’est encore loin d’un entraînement avec toutes les filles.
Et oui, pour parler de rugby féminin, il ne suffit pas de changer le genre des tournures de phrases et se dire que Bordeaux fait un gros recrutement avec le retour de ses deux piliers internationales. Comme la médecine du bikini ne suffit pas à prendre en compte toute la complexité de la gent féminine. Pour parler de rugby féminin, il faut également prendre en compte leur absence de couverture en cas de grosse blessure. Elles ne bénéficient pas des contrats de prévoyance d’un grandisse garçon qui peut se faire les croisés au même rythme qu’un rendez-vous chez l’ophtalmo. Si les femmes travaillent gratuitement dès le 10 novembre par rapport aux hommes, les joueuses de rugby le font dès le 1er janvier. Et elles paient même pour les garçons ! Les revenus des retransmissions de leurs matchs de championnat revenant dans la cagnotte de celle négociée avec les garçons. Proval est le syndicat des joueurs et joueuses professionnels. CQFD. Et si tu veux une dernière preuve, que les filles ne sont pas le féminin des garçons, saches que pour le journal de référence, 16 victoires, un nul et 14 bonus donnent 83 points ! Même avec 80 points sur 90 possibles, les garçons sont trop loin.

J’arrête les garçons jusqu’à…
Donc, j’arrête les garçons ! Jusqu’à ce que les filles aient elles aussi le droit de trainer en survèt-claquettes de la salle de muscu, à la salle vidéo et jusqu’au resto du club. Sans avoir rien d’autre à penser qu’à ce que leur dit le coach, et sans se préoccuper de savoir si elles auront toujours leur taf pour pouvoir continuer à jouer la saison prochaine. J’arrête les garçons jusqu’à ce que les filles soient inclues dans le prochain contrat des droits TV, désolé pour le dur travail du groupe projet qui devra trouver une place pour 1 match en access prime time le dimanche et pour 4 autres plus tôt dans l’aprèm. J’arrête les garçons jusqu’à ce qu’il y ait une compétition des club européens des filles, j’accepterai même avec un fonctionnement aussi abscons que celui des garçons. J’arrête les garçons jusqu’à ce que les filles aient la couverture maladie qui leur permettra de ne pas se poser la question de l’accident qui les laisseraient sur le carreau avec une incapacité à travailler en prime. J’arrête les garçons jusqu’à ce que les filles aient la possibilité de choisir de faire un bébé, si elles veulent porter un bébé. J’arrête les garçons jusqu’à ce que les joueuses du XV de France recommencent à se battre à armes égales avec les joueuses du XV d’Angleterre, c’est-à-dire sans se trainer la charge mentale de la ménagère de moins de 40 ans. J’arrête les garçons jusqu’à ce que la FFR, la LNR les clubs et les diffuseurs prennent au sérieux la professionnalisation du rugby féminin en France, et pas seulement en versant une prime somptuaire aux joueuses qui leur permet grassement de se payer presque intégralement les frais d’essence pour aller à l’entraînement.
Est-ce qu’après tout ça, est-ce que quand les filles auront les mêmes droits que les garçons, est-ce que je trouverais encore la chair des filles joyeuses ? Peut-elle devenir triste comme celle des garçons ? Il n’y aurait qu’un mec pour se poser cette question. Lecteur ami, lecteur hater, ne cherche pas à mettre au féminin les phrases au masculin que tu as dans la tête. Les filles ne seront jamais tristes à voir. Jamais leur histoire ne les a rendues triste à voir quand elles prennent leur plaisir à elles. C’est en ça qu’elles seront toujours bien plus fortes que les garçons.

Et la compo du XV féminin contre l’Angleterre !



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