Moi, après 2 matchs en pleine nuit, c’est dur de vieillir avant le naufrage…
3 semaines à me demander à quoi servent les week-ends, et enfin elles sont de retour ! C’est bientôt Halloween, et je m’en fous d’être une morte vivante après un réveil en pleine nuit pour enchaîner 2 matchs et finir sur les coups de 5h40 avec le bonne nuit les petites de Matthieu Lartot. Il se sentait seul d’un coup alors que ni l’aube ni la campagne ne blanchissaient encore. Avec le triste spectacle qu’il avait commenté, il y avait de quoi se sentir seul… cela me donne le teaser pour essayer de te garder un peu plus longtemps. J’y reviendrai, mais avant, je vais m’émerveiller encore de l’évènement de la nuit : les Anglaises ont été battues ! Oui, tu as bien lu, après 4 ans sans défaite et une finale de coupe du monde perdue face aux Néo-Zélandaises, les voilà ramenées à la dimension de simples mortelles. Elles peuvent échouer ! et finalement, perdre un match comme tout le monde.
Tout avait pourtant l’air d’un plan encore bien maitrisé par les toutes blanches. Claudia Moloney-Macdonald échappait un ballon dans l’en-but, comme un mois plus tôt. Elles encaissaient un essai des toutes rouges, comme un mois plus tôt. Une belle ouverture au large de Florence Symonds fixait Jess Breach, dernière défenseuse et servait Savannah Bauder qui pouvait courir pour aplatir, avec Asia Hogan-Rochester encore à sa droite. 5-0. Et puis, il y eut ce dérèglement spatio-temporel, ce truc improbable qui fout en l’air le meilleur des plans. Alex Tessier qui sort, mais qui sort pas et qui finalement sort et ne revient plus. Alerte commotion, fausse alerte commotion, elle fait la passe à Florence Symonds plus haut, et vrai alerte commotion qui la fait disparaitre du terrain, remplacée par Shoshanah Seumanutafa. Ce truc est télescopé par un autre truc encore plus improbable, Zoe Harrison se prend un carton jaune ! même si c’est pour fautes répétées de son équipe, c’est inimaginable ! A tel point qu’elle-même ne l’imagine pas, elle revient donc sur le terrain, avant que, troisième truc toujours plus improbable, et même impensable, elle ne se fasse sortir comme une petite fille qui a fait une bêtise en classe par la maitresse de cérémonie, Aurélie Groizeleau, arbitre à la hauteur du match, même si moins claire dans ses décisions que n’a pu l’être une Clara Munarini. Cette série de perturbations du flux spatio-temporel a suffi à dérégler totalement le jeu des toutes rouges et remettre en route celui des toutes blanches.
Et les toutes rouges finirent le premier acte de la rencontre aussi déréglées qu’elles l’avaient été 3 semaines plus tôt à La Rochelle. Prise de décision approximative de Liv Apps, mauvais choix individuels, erreurs techniques… Même Sophie de Goede, bien présente pour ce match, ne parvenait pas à remettre la machine à l’endroit. C’en fut assez pour que les toutes blanches inscrivent deux essais presque coup sur coup. Maddie Feaunati d’abord derrière une mêlée hyper dominatrice. Et Zoe Harrison ensuite, se rachetant de son absence de 10 minutes, feinte de passe et passage d’épaule derrière celle de la dernière défenseuse pour plonger et aplatir. 5-14. Tout laissait alors à croire que les jeux étaient faits. Les toutes blanches dominaient tous les secteurs et les toutes rouges montraient toute leur impuissance. La domination des toutes blanches était telle que la mêlée tournait presque à la farce avec Hannah Botterman (qui était bien à gauche), associée pour cette fois à Amy Cokayne et Sarah Bern enfonçant, mêlée après mêlée, leurs vis-à-vis. Et dire que Bryony Field et Maud Muir se réservaient pour la deuxième couche. Je me demandais si le réveil au milieu de la nuit en valait vraiment le coup.
I

l s’est passé un truc dans les vestiaires ?
Les larmes de joies que me procuraient encore le souvenir du match entre ces 2 équipes un mois plus tôt me troublaient peut-être la vision. Cette équipe du Canada, même avec les retours de Sophie de Goede et Alysha Corrigan, était terne et sans plan de jeu. Mais, c’était les enterrer un peu tôt. Mais, c’était sans prêter à Kevin Rouet ses vrais pouvoirs de sorciers. Il avait délibérément fait l’impasse sur le match contre la France. Il avait réellement un plan. Et il a eu la formule pour ramener l’équipe d’il y a 1 mois sur le terrain de la deuxième mi-temps. Et Alysha Corrigan ! D’abord Liv Apps a tout réinitialisé, retrouvant sa capacité de pénétration, perçant au ras d’un ruck et retrouvant l’utilisation de la force pour coucher Zoe Harrison d’un crochet et la sauter d’une petite enjambée. Dans la foulée, après un jeu au pied approximatif de cette même Harrison, Alysha Corrigan ! Signant son retour en patronne sur son aile. Et sur l’aile de la mêlée le temps du carton jaune donné à Laetitia Royer pour fautes répétées des toutes rouges en fin de première mi-temps. Donc, Alysha Corrigan ! Un ballon face à Claudia Moloney-Macdonald, un tchic, même pas de tchac, un coup de pied à suivre le long de la touche, les cannes et ciao bonsoir ! 12-14.
Sarah Bern répliqua bien en force, redonnant 9 points d’avance aux toutes blanches. 12-21. Mais les toutes rouges étaient en mission. Et elles ne l’ont pas lâchée. A l’image de DeLeaka Menin, d’abord avec un essai plein d’autorité derrière un ruck. 19-21. Puis en disant un « I’m fine », un genou à terre après avoir été coffrée par Alex Matthews et Abi Burton, coffre de feu et de fer, tempérament que la 3ème ligne toute blanche a montré tout le match. 70 minutes pour la droitière toute rouge, « I’m fine » ! elle peut continuer encore et encore. Ce qui laisse Brooke Rempel désespérée, scotcher sur le banc depuis des siècles en attendant que DeLeaka Menin sorte avant la fin du match. Et puis Sophie de Goede ! Encore ! Toujours ! Zoe Harrison est un ton en-dessous sur ce match, pas Sophie. Offrant encore son corps pour fixer 2 défenseuses et servir Gabi Senft, qui fait de même et libère l’espace pour la nouvelle venue Shoshanah Seumanutafa. 77ème minutes. 24-21. Sophie de Goede rate la transformation. Comme elle avait raté celle sur le premier essai. Zoe Harrison n’en avait pas loupé une. Le match nul devenait impossible. A moins que… une pénalité, un drop, à passer avant ce coup de sifflet qui arrêtera définitivement le match. Mais non. Claudia Moloney-Macdonald fait en-avant en tentant de réceptionner le coup d’envoi. Et moins de 2 minutes de petits tas plus tard, les toutes rouges faisaient tomber les invisibles toutes blanches. Alex Tessier aurait été sur le terrain, il eut été facile de dire qu’une rouquine avait encore fait tomber une invincible armada. Elle ne l’était pas et il est sûr que les toutes blanches n’ont pas l’intention de laisser aux toutes rouges leur hégémonie sur le ballon ovale.

C’est beau ce regard intact d’enfant émerveillée devant la surprise qu’elle n’attendait plus.
Le plaisir, même pas coupable, de la joie sur les visages rougis des Canadiennes et des yeux aussi rougis de larmes de Claudia Moloney-Macdonald. Pas de cette joie mauvaise de se repaître du malheur de celle qui représente le plus l’arrogance des Anglaises, non, la joie beaucoup plus simple de la savoir comprendre qu’elle fait partie des mortelles, que la défaite peut la frapper et que cela lui donnera la force de revenir encore plus forte. Savoir que sa capitaine Meg Jones a déjà assimilé, elle qui se présentait tout sourire et presque contente pour répondre aux questions des commentateurs à la fin du match. Le poids de la série sans défaite est maintenant défait, lui aussi. La légèreté va pouvoir revenir pour reprendre la marche en avant et gagner de nouveau. Une semaine à attendre pour assister au retour du phénix ou à la confirmation des toutes rouges, qui seraient soudainement capables d’enchaîner deux prestations d’ampleur. Ce qui nous ramène au teaser du début et au match des presque toutes bleues contre les vraiment toutes noires.

J’ai attendu, attendu, elle est enfin venue ! Aly-y-sha, Aly-y-sha, Aly-y-sha, Aly-y-sha. Et la victoire !
Et autant le dire d’emblée, tuant le suspense et perdant ta lecture assidue de cette chronique. De match, il n’y eut point. Il y a bien eu un coup d’envoi et un coup de sifflet final espacé de 80 minutes, avec 2 mi-temps réglementaires et une pause entre les deux. Mais ce ne fut pas un match. Les toutes noires ont joué. Elles le font toujours. C’est leur manière de montrer le respect envers leur adversaire. Y aller sans retenu, du début à la fin. 13 essais, 81 points. Seule Braxton Sorensen-McGee, dans son rôle de buteuse, n’a pas eu le rendement de l’équipe. 2 essais des avants, 11 des lignes arrières. Réaction timide des presque toutes bleues avec 2 essais. Une belle passe au pied de Lina Queyroi pour Léa Murie qui s’était fait confisquer son skate à la montée dans l’avion. Une belle contre-attaque avec les petites nouvelles Lylou Pedussaud et Charlie Gauyat pleines de mordant et d’à-propos, conclut par Amalia Bazola-Allières. Et j’ai tout dit du match. Je pourrais faire le couplet du « Ah ! la trompette dans le jazz » pour me gonfler de pédanterie et décrire le jeu léché des toutes noires, mais contre des quilles d’entraînement, cela perd de son charme.
Alors oui, la porte est grande ouverte pour mon antienne et revenir sur l’écart qui se creuse entre les nations qui basculent dans le professionnalisme et celles, comme la France, qui n’y entrent pas franchement, voire s’en retirent. Ce serait trop facile et presque injuste pour les jeunes joueuses qui ont découvert le niveau international, dans une équipe qui n’a pas fait l’impasse et qui ne rumine pas le match précédent et son occasion gâchée de battre enfin l’invincible en lui laissant le bénéfice du match nul. Pour Ylona Avril qui découvrait ce niveau. Pour Elodie Fernandez lancée pour la première fois dans le grand bain. Pour Mouna Touré qui passait le niveau supérieur. Pour Aubane Rousset qui revenait après le 6 Nations. Pour Marie Ibañez qui mesurait l’écart. Même pour Morgane Bourgeois, qui continuait de travailler d’autres armes que son coup de pied. Et pour Alex Chambon, capitaine qui a beaucoup donné pour montrer la voie et qui a peut-être manquer de voix pour l’équipe. Et pour toutes les autres, plus expérimentées et désarmées. Respect pour avoir été sur le terrain et tenté malgré tout de garder la tête haute.

On dirait que ça a fait crunch…
François Ratier avait peut-être pris exemple sur son padawan et fait volontairement l’impasse sur ce premier match en Nouvelle-Zélande. Mais le résultat est désastreux. Et il l’assume. Certes après une telle déroute, il ne peut y avoir que du mieux. Mais fallait-il en passer par là. Le prix payé pour voir est cher et il faudra plus que de la sorcellerie pour le sortir du crâne de joueuse qui peuvent se sentir humiliées et honteuses. Elodie Fernandez aura sans doute des cauchemars longtemps de ses en-avants sur les rares occasions de lancer du jeu. Mouna Touré en aura autant de toutes ces touches perdues. Marie Ibañez aura ceux de ses placements défensifs hasardeux qui l’ont fait passer en mode air défense après quelques placages même pas hauts. Et j’espère que les corps blessés d’Aubane Rousset et d’Annaëlle Deshaye se remettront plus vite que les têtes. La scène de début d’Invictus et sa bière tiède à boire pour ne pas oublier le goût de ce genre de défaite. C’est qui me viendrait. C’est sans doute une manière d’apprendre. Dangereuse tellement elle peut briser en profondeur ces mécaniques de précisions difficiles à réparer. Le perfectionnisme de certaines joueuses va leur peser lourd sur le plexus et sur les cervicales, j’espère que le sélectionneur a prévu la médecine qui pourra soigner tout cela.

La solitude du sélectionneur au moment de la préparation de la compo.
Et le résultat de la compo :

Donc, 4 petits paragraphes pour dire qu’il ne s’est rien passé et que je pouvais ressentir la même solitude que le commentateur de la 2ème chaine. Sous mon plaid à ne pas comprendre comment j’avais pu passer d’un match au final grandiose à cet entrainement de 80 minutes des toutes noires face à une équipe réserve de division inférieure. Bien sûr que le TOUTES PROFESSIONNELLES est encore plus urgent pour éviter ce genre de fiasco complet. Développer la profondeur du groupe, au-delà de 3 matchs internationaux sans enjeux par an. Avec un championnat qui permette de faire monter le niveau. Les mathématiques sont trompeuses, même pour les cadors de l’intelligence artificielle. Nous avons battu les Canadiennes. Les Canadiennes ont battu les Anglaises. Les Anglaises avaient battu les Néo-Zélandaises. Donc, nous devions battre les Néo-Zélandaises. N’importe quel tableur excel l’aurait calculé. Même Elon Musk. Mais la réalité est toute autre. Nous allons continuer d’être battues par les toutes blanches. Les toutes rouges ne feront plus le même genre d’impasse. Les toutes noires vont continuer à progresser pour battre les toutes blanches lors du prochain mondial, en 2029. Et nous allons continuer de chercher à nous convaincre que nous progressons.
Le championnat Elite 1 recommence la semaine prochaine justement. 2 premières journées, 2 journées de doublon. Et même pas un entraîneur pour s’en plaindre au micro. Auquelles il faudra ajouter le repos nécessaire dû aux joueuses qui rentreront après 9 semaines et demi de séries. En regardant le mercato pour cette nouvelle saison, la seule bonne nouvelle est l’arrivée de Gabi Senft. Elle arrive malheureusement à Bordeaux où il ne manque pourtant pas d’internationales. La seconde mi-temps des toutes rouges contre les toutes blanches doit sans doute beaucoup à son entrée en jeu. La concurrence avec Axelle Berthoumieu va obliger cette dernière à progresser. Cela fera au moins une joueuse avec un vrai challenge à relever. Pour les autres, le challenge sera de lui prendre le titre de meilleure joueuse de l’année, tant il paraît, à l’aube qui blanchit cette fois sur les terrains de l’Elite 1 Axa, promis à cette Gabi Senft qui arrive en pleine bourre après une saison 2025-2026 complète chez les Sarries et un WXV réussi. L’autre bonne nouvelle pourrait être celle des jeunes joueuses qui continuent d’arriver en nombre en élite…

Et les nouvelles venues en Elite 1 Axa. Et tu peux voir ce calendrier tout en continuité.
Si j’arrive à trouver des informations suffisamment fiables et complètes je ferais peut-être un point plus complet sur le mercato. Et ce ne sont pas les sites officiels des clubs qui vont m’aider. Le Stade Rochelais qui me semblait pouvoir être une référence en la matière est toujours à parler d’investissement complet des joueuses pour le championnat Elite 2… Romagnat n’étant pas en reste avec Madame Jessy Trémoulière dans son effectif Elite 1… Et je ne parlerai pas, par respect, de Blagnac, ni de ses photos style néons carrément trop forcés sans un seul nom de joueuse. Le besoin de TOUTES PROFESSIONNELLES se sent là aussi. Ou peut-être me faudrait-il suivre tous les réseaux sociaux des stagiaires de com’ qui passent par les clubs, mais j’ai franchement autre chose à foutre de ma vie que de suivre des réseaux qui n’en sont pas, tout au plus des communautés toujours plus restreintes. En commençant dès la semaine prochaine par repartir pour une nuit raccourcie et retrouver les deux mêmes affiches, mais dans des stades différents.
Pour terminer, l’autre différence entre le premier match et le second (non)match, c’est l’affluence et l’ambiance. Il fallait voir la caméra tremblée après l’essai de Shoshanah Seumanutafa, tant le public tapait du pied, et pas uniquement pour se réchauffer. Quand le stade ressemblait à une affluence de début de Super Rugby en Nouvelle-Zélande, où il est facile de détailler chaque spectateur et ce qu’il a écrit sur sa pancarte, tant il y a d’espace vide autour ! Et sinon, le Etasuniennes ont battu les Italiennes, elles restent la seule équipe invaincue de cette série. 5 essais partout. 36 à 27. Les Australiennes ont écrasé les Ecossaises, à l’image d’Eva Karpani emportant 5 Ecossaises sur le dernier essai. 8 essais à 2. 56 à 12.
Et un dernier message pour Matthieu Lartot, non, t’étais pas tout seul Mat’, j’étais là aussi et je suis sûre que nous étions nombreuses à vouloir une réaction des presque toutes bleues. Si c’était pas pour cette fois, nous serons là de nouveau la semaine prochaine et celle d’après encore, il y aura réaction et nous pousserons avec elles.

Oui, Meg Jones est joyeuse. Contente de perdre ? Ou aux anges de la « physicality » du match ?





Laisser un commentaire