Quand les terrains sont aux couleurs de cette saison qui n’existent que dans le Nord de l’Amérique
Un nouveau round du World XV Global Series terminé, et je sens encore tous ces fluides du plaisir couler avec délice du souvenir de toutes les images vues. Mes yeux sont encore embués de la joie et de toutes les émotions qui m’ont submergées samedi après-midi. Je croyais que je ne pourrais plus jamais retrouver ses sensations uniques. Je pensais les avoir perdues dans la deuxième partie des années 2010. La dernière fois que cela c’était produit, Adam Jones jouait encore avec la meilleure équipe d’Europe et les matchs Afrique du Sud – Nouvelle-Zélande étaient des sommets dans cet art martial qu’est le rugby, sport de combat collectif.

C’était aussi intense que ça !
Et c’est encore une équipe toute en rouge qui a déversé en moi une quantité de dopamine que mon âge me laissait à penser qu’elle m’était devenu interdite. Et que dire de cette équipe ! Les Dora Milaje ? Les Valkyries ? Les Agodji ? Même les Amazones de l’antiquité semblent manquer d’épaisseur pour être comparée à cette équipe des All Reds canadiennes. Bien sûr, pour atteindre ce niveau d’intensité hormonale, l’adversaire doit être à la hauteur. Et les All Whites de sa gracieuse majesté l’étaient parfaitement. Rares sont les matchs qui atteignent ce niveau d’intensité. Tant sur la qualité technique, que sur la puissance physique, que sur l’engagement. Tout était au rendez-vous pour un plaisir multi-orgasmique. J’ai en tête un Pays de Galles – Angleterre ou comme déjà cité, un Springboks – All Blacks masculins. Mais je crois que cet Angleterre – Canada par les filles du rugby les dépassent maintenant.

Et aussi haletant que ça !
Dire que le score de parité et les 4 essais à 4 donnerait un match nul ne serait pas rendre hommage à la grandeur de ce match et de son spectacle. Et finalement, tenter d’écrire un résumé serait vain et peinerait à retranscrire toutes les émotions de joies mystiques qu’il y avait à voir durant ces 80 minutes. Je commencerais par quelques images gravées par les deux immenses joueuses qui ont étalé toute leur classe sur ce match. Et à toute seigneure tout honneur.

Moi, j’ai le soleil jour et nuit dans le jeu de Sophie, je réchauffe ma vie à son envie
Sophie de Goede. Rien que le penser me donne encore des frissons. Dire que c’est la meilleure joueuse du monde est une erreur. Il faudrait dire que c’est la personne qui joue le mieux au rugby au monde, quel que soit le sexe, quel que soit le genre. Elle surclasse même un Pieter-Steph du Toit. Même un Richie McCaw des temps anciens. Qu’elle joue en huit avec les Sarries ou en 4 avec le Canada, elle amène le jeu de rugby à des niveaux jamais atteints. Repenser à son déboulé à la 58ème minutes, raffutant Helena Rowland, pourtant pas avare de placages saignants, raffutant Jess Breach, pourtant plus rapide sur le papier et ajustant une merveille de passe toute de lucidité à Liv Apps, toujours à suivre sa capitaine pour conclure ! … Comme elles l’avaient déjà fait en final du PWR en juin cette année, pour un essai finalement refusé pour en-avant de leur coéquipière en club, Jess Breach. Et sa colère toute en mesure, mais bien visible, de la décision du staff sur la dernière mêlée, de sortir le ballon en touche pour valider un match nul sans tenter d’aller chercher la victoire… Sophie da Goddess.
Zoe Harrison ensuite. A l’image de tous les grandisses, elle sait être à son avantage sur tous les plans. Son animation parfaite. Son jeu au pied phénoménal. Son replacement idéal. Sa vision du jeu. Tout est au-delà des meilleurs de la planète rugby. Et elle ne s’efface pas au placage. Qu’elle puisse prétendre au titre de meilleure joueuse du monde ou à la meilleure personne qui joue au rugby sur la planète, ne fait pas de doute, si Sophie n’était pas là. Même si parfois, l’alternance entre avant et trois-quarts devient une obligation pour délivrer le titre. Sa feinte de passe pour libérer l’espace et servir à gauche, d’une double de sautée de 15 mètres, un caviar à Claudia Moloney Macdonald qui n’a plus qu’à trottiner pour son premier essai validé de la journée… Ah ! j’en veux encore !

Elle prenait un ballon et tout s’allumait, et c’était la fête, le 14 juillet 5 novembre
Les commentateurs anglais n’en finissaient plus de lâcher des « Oh ! my gosh » à longueur d’antenne. Et même Danny Care, en homme-terrain, était tout excité du match auquel il assistait. A ces deux joueuses, il faudrait en ajouter tant. D’abord DaLeaka Menin : 80 minutes, 2 essais, tenue en mêlée contre Maud Muir et Lilli Yves Campion en 5, plaquant et courant sans arrêt. Décidément, les droitières me régalent. Sa collègue de première ligne Kiki Idowu, les mêmes 80 minutes, sans essais. Et Asia Hogan-Rochester ! Quel course ! 45 mètres à la 28ème, raffut main gauche sur Claudia Moloney Macdonald, main droite sur Zoe Harrison, et sprint final lâchant tout le monde. Las, un en-avant jugé par l’arbitre annule ce « glorious one » donné par le commentateur. L’arbitre a toujours raison, et Mme Clara Munarini a été plus qu’à la hauteur de ce match. Et Lizzie Gibson, avec sa coupe de Gibson façon l’arme fatale ! Je suis presque déçue de ne pas mettre Julia Omokuale dans la liste (en la citant quand même) tant elle a paru ordinaire dans ce match. Mais ordinaire dans ce match vaut extraordinaire aux yeux du monde et du rugby en général.
Côté Anglaises, je vais citer Claudia Moloney Macdonald, au-delà de ces 3 essais, dont un refusé pour avoir échappé le ballon dans l’en-but, elle affichait sur ce match toute l’arrogance qu’on adore détester chez les Anglaises. Je mettrais également en avant Hannah Botterman. Simplement parce que c’est Hannah Botterman. J’ai cité Adam Jones juste parce que c’est lui, Hannah Botterman mérite le même respect et la même admiration indéfectible de ma part. Et puis Sadia Kabeya, habituelle co-capitaine, mais sur ce match, côté Anglaises, il n’y avait qu’une capitaine et c’était Meg Jones, qui a fait du Meg Jones, élevée au niveau de ce match. Pour Sadia Kabeya, sa charge dévastatrice a eu lieu à la 32ème, pour amener le second essai de Claudia Moloney Macdonald. Et avec sa classe sur le terrain, elle rend encore plus quelconque ces sacs à dos de toutes les madame-tout-le-monde qui pensent pourtant se démarquer avec leur Cabaia. Kabeya, ça c’est le must pour se démarquer vraiment ! Et Bryony Field ! avec ses airs de Rachel Weisz, qui fête sa deuxième sélection par un deuxième essai, même si c’est tirée par les cheveux, par Abi Burton, qu’elle est restée liée au maul pour aller aplatir.

J’ai attendu, attendu, la victoire n’est jamais venue, zaï-zaï-zaï-zaï
Toutes ont mon plus profond respect pour ce match dont les souvenirs viennent déjà d’orner ma bibliothèque toute personnelle des meilleurs moments de rugby. Les Canadiennes continuent de progresser, donc. Le piratage du championnat professionnel anglais porte ses fruits. Elles ont su s’adapter, suivi en cela par leur entraîneur, qui, quand il n’est pas en sélection, entraine les avants des Sarries. Comme quoi, avoir des joueuses professionnelles qui peuvent développer leur rugby est un truc qui pourrait inspirer certaines autres nations. Se confronter tous les week-ends aux meilleures joueuses fait vraiment progresser. Les Néo-Zélandaises et les Australiennes l’ont compris. Finalement, la seule chose qui manque encore dans le jeu des Canadiennes, c’est la longueur au pied. Elles sont restées bloquées dans leur camp une bonne partie de la seconde période par manque de cette arme-là. Si elles arrivent à combler ce retard, elles pourront faire plier les Anglaises. Et passer de l’arrêt de la série de victoires à leur infliger une défaite. Alexandra Tessier, Claire Gallagher et Taylor Perry savent ce qu’elles doivent travailler. Liv Apps également.
Pas eu le temps de préliminaires dans cette deuxième journée, que nous étions déjà entrées profondément dans le vif, dès le début. Et la suite ! De la déroute grand-guignolesque à un sauvetage qui a cramé plus qu’un bus de la ville d’Aix en Provence… la France s’est fait peur ! 6 Cartons au total et ce n’était même pas un derby de fédérale. Dont 4 en 6 minutes contre la France, avec un rouge bunker et un rouge direct. Presque 5 minutes à 11 contre 15 Australiennes qui ont su les mettre à profit avec 2 essais inscrits. Sorties du match, déjà fatiguées ou plus simplement mal organisées en défense, l’emballement par la charnière des Françaises revenues à 13 contre 15, les a mis à mal et permit aux Bleues de limiter le casse avec seulement un 12-19 affiché à la mi-temps. Puis elles ont su aller chercher la victoire après un 12-26 en revenant au jeu. Avec un score final de 29 à 26 inespéré, pour trois nouveaux essais.

Comment j’éviterais la démence, dans un monde sans toi, je deviendrais gaga
Que dire, donc, de ce fiasco complet. L’Australie n’est que la 9ème nation mondiale, même si elle est troisième en comptant les nations avancées dans la professionnalisation de leur championnat, elle reste loin de la France (pas uniquement par la distance, tu l’as compris). Pour revenir sur la déclaration précédente de F. Ratier (revoir le premier épisode ici), les Australiennes sont vraiment en train de progresser sur cette série de match, rencontrant les Anglaises et les Françaises avant de défier 3 fois les Ecossaises, 1 fois en Ecosse et 2 fois en Australie. De quoi les faire progresser rapidement. Quant aux progrès attendus chez nous, ils sont plutôt du côté de ce système d’arbitrage vidéo qui n’a plus besoin des ralentis complices ou omis par les réalisations locales. Le TMO a toutes les images en direct, et peut les repasser sans avoir besoin de demander à la réalisation. La France a prouvé que sa technologie d’assistance à l’arbitrage vidéo signée Vogo était une vraie victoire pour la santé des joueuses, et des joueurs. Cocorico !
Pour le jeu, même Assia Khalfaoui a eu du mal. Les entrées en jeu De Mailys Mailagi d’abord et de Mouna Touré ensuite ont permis de retrouver de la structure et de l’allant. Mailys Mailagi devant entrée au talon, elle pris finalement place en troisième ligne, toujours la formation XV-XIII, serrant les dents pour terminer la rencontre, n’ayant plus personne sur le banc pour la remplacer. Mouna Touré grattant le ballon de la gagne avec l’essai de Teani Feleu dans la foulée. Seule Elodie Fernandez n’est pas rentrée en match, Gabi Vernier et cette même Tenai Feleu ayant fait le taf pour gagner à la fin.
Donc que dire, si ce n’est comme l’a dit Gabrielle Vernier que nous avons fait un très mauvais match et qu’il y a beaucoup de choses à revoir. Après la touche travaillée à l’entraînement toute la semaine passée, les séances de placage vont être nombreuses cette semaine. Presque une reprise à zéro pour revenir à des standards internationaux. Jouer dans un championnat sans arbitrage vidéo, ou très épisodiquement quand une retransmission est accordée aux joueuses de l’élite 1 Axa, n’est peut-être pas la meilleure préparation pour les bonnes attitudes. Indispensables devant les progrès de l’arbitrage vidéo et la qualité des arbitres féminines, Holly Wood également parfaite dans son rôle, malgré la bronca injustifiée du publique, sauf si elle était tournée contre les joueuses en bleues. Est à espérer que Marie Ibanez a suivi le même entraînements aux placages, le dernier qu’elle a réalisé en final en juin résonne encore sans doute dans la tête de Salomé Pérraudin.

Il s’est professionnalisé sans nous, l’or pleuvra toujours sur Londres, on va rien gagner du tout
Pas grand-chose à garder de ce match. Certains voudraient que l’état d’esprit soit l’acte fondateur de l’équipe de la prochaine coupe du monde, en 2029. Mais, peut-on se réjouir d’une équipe à réaction qui doit sa survie à l’héroïsme de quelques-unes. Sans compter qu’il traine une odeur de Pyrrhus dans l’air chargé de caoutchouc et plastique brulé du Stade Maurice David. La victoire permet de mieux récupérer. Mais, comment se remettre la tête à l’endroit et le corps en état en une semaine avant d’affronter les toutes-rouges qui viennent de mettre fin à la plus grande série de victoire qu’une équipe n’avait jamais réalisée, en matant pour la première fois depuis longtemps des Anglaises qui marchaient sur la planète rugby jusque-là. Si les mines frustrées des Canadiennes annoncent quelque chose, c’est qu’elles sont déjà reparties pour continuer leur progression et venir nous corriger à la Rochelle.
En attendant une peut-être preuve par 3, avec ce deuxième épisode, la preuve par 2 est faite que « TOUTES PROFESSIONNELLES ! » est la condition nécessaire. Je n’ose imaginer qu’1 seule victoire au compteur sur les 6 matchs de la série nous donne tous les enseignements pour mieux travailler lors des prochains rassemblements de l’équipe de France. Pas avec un championnat aussi déséquilibré et où seules les équipes de bas de tableau peuvent vraiment progresser suivant l’adage de F Ratier.
En attendant, la compo.

Et pour finir le week-end, les Néo-Zélandaises sont allées planter leurs dix essais en terre d’Ecosse. Elles sont fin prêtes pour LE match qu’elles ont côché pour cette série, celui de samedi prochain, 14h00. Sale le temps pour la sieste. Elles retrouveront enfin les Anglaises pour les faire basculer, peut-être de la fin d’une série de victoire à une première défaite. Le match promet encore un fois d’être mémorable. Je ne sais pas si mon corps va tenir avec toute cette débauche ? Et d’enchaîner ensuite sur des matchs en pleine nuit. J’ai le devoir de prévenir les voisins que je vais encore beaucoup crier de plaisir, et à des heures où ils tenteront vraisemblablement de dormir, à moins que je n’aie réussi d’ici-là à les convaincre de regarder également.

Il faut dire qu’elles vont vraiment mettre du croustillant et distribuer des petits pains au chocolat
A noter dans les résultats de ce second épisode que les Etats-Unis d’Amérique ont battu les Irlandaises qui se sont bouffées le match avec 3 essais encaissées en infériorité numérique. Score final 36-40, après que les filles en vert aient mené 31 à 12 jusqu’à la 52ème minutes. Il se passe toujours quelques choses dans ce World XV Global Series.




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