Ah ! les vacances !
Ça y est, c’est les vacances ! Depuis presque 3 semaines. Cette période qui nous autorise enfin à prendre le temps. Le temps pour sourire sans se soucier de rien (big up pour celui de Romane, qu’il dure longtemps). Le temps de ne rien faire. Le temps de découvrir un nouveau pays. Le temps de découvrir une nouvelle culture. Le temps de découvrir une nouvelle gastronomie. Le temps de redécouvrir son corps. Le temps de découvrir de nouvelles positions. Le temps de découvrir de nouvelles pratiques… Le temps de trainer à moitié nue toute la journée sans aucune gêne.
Bref, temps béni. Celui où on oublie tout du travail. Et des terrains de rugby. Bon, sauf quand tu pars avec ton entraineure, même si elle essaie d’oublier, elle aussi. Se vider la tête pour recharger les batteries. Refaire le plein d’énergie pour la prochaine saison. Sans penser au stage de préparation qui vient. Celui pour préparer le WXV nouvelle version. Je suppose que le W signifie World, je n’ai trouvé aucune trace d’un MXV pour qu’il signifiât autre chose. Au programme des bleues : les Black Ferns, 4 fois, les Wallaroos, et les Canadiennes. Début le 12 septembre. Il sera temps d’y revenir après les vacances. Toi aussi, tu as droit aux vacances et oublier ma chronique pendant quelques semaines.

Temps de rattrapage pendant les vacances… Boulot, cours, stage…
Mais, tu as maintenant compris le fil rouge de cette chronique… Tu te rappelles ? dans les précédentes… ce qui ressort à chaque fois ? Oui ! tu l’as ! TOUTES PROFESSIONNELLES ! Parce que quand certaines peuvent s’accorder une vraie pause, méritée, en faisant attention au budget, malgré les centaines d’Euros que la fédé leur distribue grassement, les autres n’ont d’autres choix que de continuer leur activité professionnelle
Parce que pendant l’été, c’est la période où, joueuse élite 1 non professionnelle, tu dois tenter de rattraper les 10 autres mois de l’année. Te donner à fond, malgré les bureaux désertés par tes collègues, et gagner des points pour ton entretien annuel, avec peut-être cette promotion légitime à la clé. Parce que dans ce monde du bureau, tout ce que tu as donné le reste de l’année pour faire progresser le rugby féminin ne compte pour rien. T’es même pas sportive de haut niveau. Avoir donné aux joueuses du XV de France la meilleure opposition possible n’apporte aucun point. Tout donner pour qu’elles puissent briller contre les autres nations amatrices et faire la meilleure figure possible contre la nation professionnelle, ça vaut que dalle dans ton métier qui te permet de te loger, te nourrir et te blanchir. Tout juste une tape dans le dos.
Et tant pis pour celles qui viendront compléter le contingent des joueuses du XV de France, passant sous contrat fédéral. Elles auront travaillé tout l’été, elles pourront chanter et danser quand la bise sera venue, moins reposées que les copines, mais au top de la motivation. Et tant pis également pour celles qui auront chanté tout l’été et sortiront de la liste fédérale à la rentrée… Vite une image, déjà 3 paragraphes entiers !

Pour te garder, chat mignon sur un terrain de rugby, oui, il continue !
Maintenant que j’ai sorti la carte du chat ou de la chatte, je peux lâcher les chiffres. Parce que deux fois n’est pas coutume, je n’y connais rien au rugby et encore moins en économie du rugby. La question de ces vacances étant, comment on fait pour TOUTES PROFESSIONNELLES ?
En regardant ailleurs, le championnat professionnel de l’autre côté de la manche, il a un salary cap inférieur à 300 000 £ pour la saison qui va débuter. Si je fais le calcul pour toi, pour un squad d’une quarantaine de joueuses, cela fait moins de 600 € par mois et par joueuse. Le luxe des professionnelles ! C’est sans compter les revenus mensuels des internationales, entre 3 600 € et 4 800 €. Note que chez les garçons, le salary cap est à 7 680 000 €. Rapport de 1 à 30…
De leur côté, les Néozélandaises ont amélioré leur base professionnelle avec un super rugby aupiki, offrant quatre mois de contrat à toutes les joueuses des quatre franchises néozed, avec le super pactole d’environ 2 325 € égal pour chacune, youpi ! Somme qui vient s’ajouter aux contrats fédéraux pour les Black Ferns, mensuellement entre 2 500 € (néo sélectionnées) et 5 000 € (top joueuses).
Quant aux Australiennes, elles voient leur contrat prendre plus d’ampleur, avec plus de joueuses et une plus forte rémunération, presque 4 000 € en moyenne par joueuse, avec un bonus du super rugby women de 2 400 € environs. Ce qui les placent presque au même niveau que les filles en noir.

Oui, ça me fait le même effet…
Pour revenir sur les filles du PWR, les 360 000 € maxi de masse salariale concernent les joueuses uniquement et excluent leur couverture santé (new big up pour Romane), leur cotisation retraite, leur aide au logement et d’autres petits avantages. Tout comme leurs gains liés au sponsoring, si le sponsor n’est pas directement lié au club. Y’aurait pas un truc comme ça aussi en France, chez les garçons ? Je ne sais pas, je ne m’y intéresse plus ! Et la salary cap doit également respecter le salaire minimum. 15 €, paraît-il. Chaque joueuse du PWR travaillent donc 40 heures par mois, environs… Autant dire que l’eldorado n’est pas pour toutes. Ou ils me manquent des données.
Alors, ce serait quoi un TOUTES PROFESSIONNELLES ? Si on se base sur un temps complet, au minimum wage pour le PWR, cela ferait une masse salariale d’environ 1,2 millions d’Euros. Si on rajoute une dizaine de contrats espoir, le SMIC passant autour 9,6 € dans ces classes d’âge, on arrive à environs 1 320 000 €. Il faut faire x5. Ce qui reste toujours 6 fois moins que pour les garçons. Mais ne leur donnons pas trop d’idées…

Mes vacances…
C’est tout de suite moins sexy que le montage aguicheur du début, hein ?
Si je reviens de ce côté de la Manche, avec un salaire minimum annuel brut d’environ 22 000 € pour une sportive professionnelle, pour une équipe de 50 joueuses, cela correspondrait à 1 100 000 €. Avec les charges employeurs, si elles sont les mêmes dans le sport, cela ferait environs 1 760 000 € de masse salariale pour les joueuses. Avec le staff, l’encadrement et les autres lignes du budget, il faudrait tabler sur un peu moins de 3 000 000 € par club. 30 millions pour l’ensemble du championnat Elite 1 Axa. Approximativement le budget d’un nouveau club de garçons professionnels. Un s’ajoutant aux 30 clubs pro actuels, entre Top 14 et Pro D2. Donc, pour un championnat féminin professionnel, c’est à peu près 4,5% de ce qui est déjà investi pour les garçons. Sur 10 clubs. Avec un supplément de 90 matchs pour les revenus. Si un club pro doit boucler son budget avec les recettes des 13 à 15 matchs à la maison, en tablant sur une billeterie de respectivement 16 000 à 6 000 spectateurs en moyenne, le faire pour 90 matchs demanderait en moyenne 2 300 spectatrices, et quelques spectateurs. Chiche !
Tu ne couperas pas à mon côté femelle, toi qui lis encore ma chronique, pour dire que c’est très douloureux d’écrire cela, surtout en position assise. D’abord parce que je dis qu’une joueuse professionnelle ne mériterait pas plus que le SMIC. Comparer au 12 SMIC des garçons ? Elles ne font pas le même sport ? Ensuite, pour faciliter le passage, de dire que c’est pour pouvoir démontrer la viabilité du projet, pour faire ses preuves… Et là, au lieu de lubrifiant, c’est comme une brutale DP dans un mauvais gonzo de ma jeunesse. Ça fait vraiment mal ! En quoi y aurait-il encore des preuves à apporter avec les audiences des dernières retransmissions et la fréquentation dans les stades ? Pourquoi s’infliger encore une telle douleur en 2026 ?

Et 2 millions de spectateurs en moyenne pour les bleues, besoin d’autres preuves ?
Pour finir la saison, une spéciale dédicace à mon petit Florianinouchet. Tu sais, cher Préz de la fédé, je ne connais aucune gamine que ça fasse rêver de travailler dans la supérette de 5h à midi et de courir à l’entrainement à la pause pour tenter de décrocher une place en équipe de France. Le côté des belles histoires des filles qui travaillent, qui jouent au rugby et qui arrivent en équipe de France… ça s’rait’y pas un tout p’tit peu le cache-sexe pratique pour dire qu’elles sont à poil ? et pour éviter de dire qu’elles méritent un vrai statut de sportive professionnelle ? Comme les garçons ? Et s’il te plait, ne nous fais plus le couplet des études de médecines en parallèle de la carrière, on le connaît déjà, les Felipe, Rodrigo, Jamie et autre « le savez-vous, je suis également médecin » étaient déjà professionnels, les filles savent très bien le faire aussi, merci pour elles. D’autant que tu sais que cela fait partie des obligations faites aux structures qui emploient des sportifs professionnels de s’assurer et de contribuer à leur formation en vue de leur fin de carrière, je sais que tu le sais. Alors, mon petit Grillounnet, la prochaine coupe du monde est dans 3 ans. 2 ans pour démarrer le championnat professionnel et 1 année pour battre tout le monde et devenir championnes du monde. Ça commence maintenant. Un statut pro pour faire gonfler encore plus l’attractivité, ce qui augmentera les revenus, qui augmentera le spectacle, donc l’attractivité… ce qui pourrait être un truc comme une dynamique positive de transformation. Non ? Je te souhaite de bonnes vacances pour revenir avec plein d’idées.
Bonnes vacances à toi aussi, qui a réussi à lire jusqu’au bout, amuse-toi et reviens en forme ! et TOUTES PROFESSIONNELLES !



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