A la rentrée, tout est encore possible.
Pour paraphraser, la vie c’est comme ces plateaux de tournage que je fréquentais, tu ne sais jamais sur quoi tu vas tomber. Bien sûr, tu connais le goût de l’ingrédient principal, mais tu tombes toujours sur des nouveaux emballages, et il y a toujours quelqu’un de plus malin que les autres pour tenter un truc nouveau. Des fois c’est bon. Même très bon. Mais des fois… ça pourrait presque te dégouter du plaisir simple.
Pour paraphraser la paraphrase (je sais Ô toi qui me lis, j’utilise des mots très compliqués dès la rentrée), la vie c’est comme une saison de rugby, tu ne sais jamais comment ça va se passer. Tu as déjà une idée du principal : Bordeaux gagne à la fin et l’équipe d’Angleterre fait encore le grand chelem. Mais quelque chose au fond de toi espère un nouvel emballage, une petite nouveauté qui t’apporterait ce léger frisson de surprise. Tu as déjà oublié les désillusions des saisons passées, leur goût amer, tu te forces, tu arrives même à te convaincre que cette année ce sera vraiment bon et que tu pourras crier de plaisir. Tu as abandonné les garçons ? Tu te lances pour la nouvelle saison avec les filles ? Tu as fait le bon choix pour les surprises !

Toi, devant certaines surprises
Et tout commence par une bonne grosse nouveauté, en avant-goût de la saison domestique, une série de test-matchs dans un tout nouveau format. Les filles, elles, ont trouvé la parade aux séries de fin de saison faites avec l’arrière-ban pour cause d’épuisement des joueuses ou de blessures. Il suffit de jouer les matchs internationaux avant de démarrer le championnat ! C’est tellement simple qu’aucun garçon n’y avait encore pensé. Donc, début ce samedi 12 septembre. Le World XV ! J’ai eu beau chercher, il n’y a aucune compétition qui s’appelle le MXV. Il y a du Nation Championship, mais pas de Men XV. Donc, pas de Women XV, mais un World XV Global Series.
Et cette petite nouveauté envoie du lourd, du début à la fin. Jusqu’à 6 matchs pour les nations du tiers 1. Et même 8 pour les stakhanovistes à la fougère, qui se sont rajoutées un petit passage par l’Australie et l’Afrique du Sud en amuses-bouches de leur banquet qui s’annonce [très] copieux. Elles vont arriver déjà bien en jambe !

Programme complet pour les 4 premières nations mondiales. Lesquelles ? Indice : il n’y a pas l’Ecosse.
4 Angleterre – Canada. 4 Nouvelle Zélande – France. Et quelques unions libres au milieu. Un film très long format avec un nombre de scènes à n’en plus finir ! De quoi se donner toute la nuit et toute la journée qui suit ! Sur le terrain comme devant l’écran, il faudra une bonne hygiène pour garder la distance sans caller en route, à cause d’un début de brûlure musculaire ou de muqueuses trop sèches. Et avoir une sacrée énergie !
Les groupes ont tous été annoncés. Chaque pays a prévu un squad élargi à 36 joueuses, jusqu’à 39 pour les Françaises. Il va y avoir du turn avec des nouvelles têtes à voir sur le pré. Amarante Sititi et Elinor-Plum King ont déjà eu leur chance. Hayley Jones aura sa chance. Jemma Bemrose aura sa chance. Mouna Touré aura sa chance. Sarah-Maude Lachance aussi… avec sa 13ème cap. Il faudra bien deux équipes pour tenir la distance. Certaines trichent un peu, la FFR par exemple n’annonce que les 3 matchs en France. Se prépare-t-elle à envoyer une équipe bis aux antipodes (non, ce n’est pas là où les airpods sont interdits) ? D’autres ont essayé, personne n’en est revenu grandi.

Le même WXV vu par la FFR
Et bien sûr, les Anglaises ne feront pas comme tout le monde… Elles arrivent avec un groupe comptant 1 234 sélections. Pour 36 joueuses… Oui, tu l’as ? 3 novices ! Nan, c’est pas ce que tu voulais ? La patronne est bien là avec ses 116 sélections, Packer va encore être pénible partout sur le terrain. Meg Jones, capitaine, fait figure de débutante avec ses 38 sélections. Bref de quoi faire une équipe type de vieilles… Non ! d’expérimentées. Mais le vrai chiffre est 22. Le nombre de défaites cumulées pour les 1 234 sélections ! Le sélectionneur a donc viré toutes celles qui avaient plus de 3 défaites au compteur… et qui ont donc plus de 48 ans… Sauf que d’après ces stats, Packer n’a que 61 matchs joués… A croire que c’est Elon Musk lui-même qui a fait les calculs ! A côté, le groupe France ne compte que 678 sélections avec 13 novices, sans stat sur le nombre de victoires ou de défaites des joueuses. Pourquoi ?
Et pour en finir avec les chiffres, je retiens 15 et 7. C’est le nombre de Canadiennes jouant en Angleterre et en France. Pour un groupe de 36 joueuses menées pas une Sophie de Goede championne d’Angleterre avec les Sarries. Mais rage et désespoir. Ma déception sera longue à passer de ne pouvoir assister à l’opposition entre Julia Omokhuale et Madoussou Fall-Raclot. Même si je connais déjà le résultat. Entre une joueuse affrontant des joueuses plus fortes qu’elle tous les week-ends de la saison régulière et une autre ne pouvant le faire qu’un match par an dans le VI nations. Las ! je devrais garder ma frustration… comme souvent au cours d’un tournage. Tu sais dès le départ qu’il y aura ce moment où tu devras garder le masque impeccable du plaisir alors que tu atteins un sommet d’ennui teinté de dégout. Je compatis, Stormy Daniels.

Comment gérer cette frustration ?
Pas de trophée à la fin, objectif non lucratif annoncé : développer le rugby féminin en offrant plus de temps de jeu de haut niveau aux filles. Et comme le dit la FFR : « Fait notable, les fédérations conserveront les droits commerciaux de leurs matchs à domicile, une décision clé pour accroître la valeur du rugby féminin dans chaque pays et réinvestir dans les filières de joueuses et les programmes nationaux. ». Objectif non lucratif, c’est clair ?! Si cela permet de réellement redistribuer les droits vers les clubs féminins et aller vers la professionnalisation, tout le monde sera gagnant. Pas comme les garçons qui se gardent les excédents de droits de la LNR, notamment ceux issus des retransmissions des matchs des filles. Est-ce que les clubs reverseront une partie des 126 millions à leur section féminine ? Sans équité pour Blagnac ni Bobigny ? Toi, qui est encore à lire cette chronique, si tu sais, n’hésites pas.
Si l’équité financière entre club de l’élite ne se fait pas de cette manière, l’équité sportive sera peut-être plus grande. Certains clubs sont déjà à fond dans la prépa de la saison, créant des automatismes, intégrant le plan de jeu. Alors que pour d’autres, les pelouses d’entraînement vont sonner creux. Au Stade Toulousain, ce sont 13 joueuses dans le groupe France et 1 joueuse dans le groupe Espagne. A Romagnat, plus modestement, 5 joueuses avec la France, 3 avec l’Italie et 1 avec le Canada. Là où ça sonnera carrément vide, c’est au Stade Bordelais. 12 joueuses avec l’équipe de France. 5 Joueuses avec le Canada. 2 joueuses avec les USA. Et 1 joueuse avec l’Italie. Et Madoussou Fall-Raclot avec les Fall-Raclot qui ont recruté pour la saison prochaine. Même avec l’équipe réserve, ce sera dur de préparer quelque chose. Bon, la différence avec le lièvre de la fable, c’est que cela ne les empêchera pas de gagner à la fin. Comme quoi, (et c’est le moment où il faut reboucler avec l’introduction de cette chronique) même avec toutes ses surprises promises à l’ouverture de la boîte, que ce soit des chocolats, un plateau de tournage ou une saison de rugby, ça fini toujours pareil, exténuées, avec plein de trucs à ramasser, un grand ménage à faire et une bonne douche pour se demander si c’était aussi bien que ça.

Les bonnes résolutions de la rentrée devant le festin du WXV Global Series



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